Uncategorized septembre 24, 2012


« Les jambes », installation, une chambre au Mexique

par

Le travail de Priscilla Beccar(r)i ,(née à Menin en 1986), s’exprime à travers différents médiums, la vidéo, l’installation, la photographie et surtout le dessin. Les plus grands sont réalisés sur différentes feuilles de papier imbriquées les unes aux autres, sans que cet agencement ne conduise à la reconduction des formats traditionnels. Le support participant pleinement à l’image mise en scène, celui-ci se fait accidenté, désordonné, malmené encore par divers traitements chimiques qui accentuent sa fragilité et son aspect négligé. Absence de noblesse qui sied fort justement à l’univers trouble et relativement anxiogène que l’artiste déploie. Ici la vulnérabilité ne s’embarrasse pas de finesse et l’impuissance se livre sous ses aspects les plus crus. Le petit livre édité par l’artiste s’ouvre sur cette citation d’Olivier Lamaillière : «Tu es un poisson dans une flaque avec des ongles sales». L’image exprime parfaitement les aspects les plus cruels et désenchantés de ces petites saynètes composées sans hâte, tachées par les dépôts d’encre et comme nimbées du silence le plus lourd. On retrouve un peu la violence d’une Louise Bourgeois et certains motifs chers à Kiki Smith. Les corps, le plus souvent féminins, se désarticulent, se noient, se blessent ou fléchissent. La figure maternelle se fait grotesque ou menaçante, l’amour et la sexualité se dévoilent sous l’angle de la docilité et/ou d’un désir monstrueusement cannibale. Truffé d’ambiguïtés, ce travail résiste bien au poids de ses références, les éconduit parfois au profit de l’humour noir. Dense et échevelé, ce travail n’est pas sans inspirer une forme de résistance, toujours vaincue mais infiniment reprise. On ne se lasse jamais des catastrophes, ni des tourments intimes lorsqu’ils s’auscultent en profondeur, les yeux brouillés et la mâchoire serrée. Au-delà, on est séduit par l’aspect délibérément âpre de l’ensemble, à mille lieues des travers esthétisant que peuvent susciter chez d’autres ces thématiques. Point de glamour ni de misérabilisme, mais un trait rêche et acide à même de toucher l’os. ART-même, janvier 2014, Benoit Dusart

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